Avec des lieux qui n’ont pas trouvé place dans le livre
Grâce à cet abécédaire, explorez des lieux absents du livre : musées, villes et monuments, d’Amsterdam jusqu’en Espagne. Un voyage sans fin sous le signe des Téméraires. Envie de découvrir le Rijksmuseum, le Louvre ou d’autres musées avec un regard bourguignon ? De repérer encore plus d’endroits à Gand, Paris, Bruges ou dans l’ancien duché lui-même ? Ou de vous plonger dans l’article consacré au monastère de Brou, l’héritage de pierre de Marguerite d’Autriche ? L’Allemagne, l’Autriche ou encore l’Espagne vous attendent aussi.
Après la parution de mon livre en néerlandais de nombreuses lecteurs ont répondu à mon appel et m’ont permis d’ajouter une vingtaine d’entrées supplémentaires; travail effectué avec l’aide précieuse de Marie De Keulenaer.
— Traduction abécédaire : Catherine Desmet —
Je me suis dit que ce serait une bonne idée de mettre en lumière dans quelques musées emblématiques — du Louvre à Paris, en passant par le musée Groeninge (Groeningemuseum) de Bruges, jusqu’au Rijksmuseum d’Amsterdam — une série d’œuvres d’art bourguignonnes ou d’objets rattachés à cette époque. Une invitation à sillonner d’un pas neuf ces hauts lieux de la muséographie.
Environ trois quarts de siècle après le cortège funèbre de son arrière-arrière-grand-père Philippe le Hardi, Marie de Bourgogne, en route vers à Audenaerde pour sa Joyeuse Entrée, gravit à son tour la colline d’Edelare en haut de laquelle se déroule une première cérémonie.
La première fois que la Bourgogne pointe le bout de son nez au Luxembourg, c’est en 1409, quand Antoine de Bourgogne, frère de Jean sans Peur, épouse Élisabeth de Görlitz, qui règne sur le duché.
Vous devez vous imaginer Autun à la fin du Moyen Âge. C’est une ville à deux visages : d’un côté, vous avez le cœur religieux autour de la cathédrale, et de l’autre, à un bon quart d’heure de marche, le centre dédié au commerce : le quartier Marchaux.
Ou comment la statue équestre de saint Georges à Beernem témoigne silencieusement de la présence bourguignonne en Flandre occidentale ?
Si ce monastère ne se trouvait pas dans un recoin un peu oublié de la France, mais quelque part du côté de Paris, il serait sans nul doute l’un des monuments les plus visités du pays.
Quand on étudie l’œuvre de nos grands maîtres médiévaux, du haut de notre XXIe siècle, on est confronté à la distinction entre artisanat et art. Le décor ornemental, typique de l’époque, semble aujourd’hui moins noble que la réalisation de portraits ou de triptyques.
Cet hôpital pluriséculaire, édifié aux environs de 1150, abrite un musée depuis plusieurs décennies. Vous y découvrirez comment les malades étaient autrefois pris en charge, et pourrez y admirer plusieurs chefs-d’œuvre incontournables de Hans Memling.
Récemment, l’aménagement de ce musée a fait l’objet d’une rénovation complète.
Tant qu’à aller au musée Groeninge admirer Van der Paele, n’oubliez surtout pas le portrait de Margareta van Eyck. Si vous vous approchez suffisamment, vous pourrez peut-être déchiffrer l’inscription sur le cadre, en bas à droite : « Als ich can ».
En partant des vestiges du palais du Coudenberg, si vous descendez la rue de la Régence en passant par le Musée Old Master et l’église du Sablon, vous verrez au loin trôner le plus spectaculaire exemple belge de pâtisserie architecturale du XIXe siècle.
Le centre névralgique de tout ce réseau postal européen se trouve au palais des Tour et Taxis, à Bruxelles, juste en face du portail sud de l’église du Sablon, au croisement de la rue de la Régence et du Petit Sablon, à deux pas de l’actuel Conservatoire royal de musique.
Outre Hoogstraten même et Malines, il faudra aussi passer par Bruxelles pour découvrir l’héritage architectural d’Antoine Ier de Hoogstraten (de Lalaing). Son imposant hôtel bruxellois s’élevait juste à côté du palais du Coudenberg, à l’ombre de l’Aula Magna de Philippe le Bon.
Le musée du Cinquantenaire abrite plusieurs trésors capables d’agrémenter notre voyage dans le temps — quelques joyaux que je me permets ici de mettre en lumière. En quelques mots : des tapisseries, des retables et un intérieur gothique tardif.
Le berceau princier conservé ici est peut-être endommagé, mais il est quand même encore possible de reconnaître les blasons de la maison de Bourgogne et ceux des Habsbourg. Le double M noué d’un lien d’amour renvoie à Marie de Bourgogne et Maximilien d’Autriche.
Depuis le Coudenberg, vous y serez en un rien de temps et, dans la foulée, vous pourrez poursuivre vers l’église du Sablon, le Palais de justice ou la porte de Hal. Quoi qu’il en soit, le musée Old Masters est le must absolu pour admirer des chefs-d’œuvre grand format de l’époque bourguignonne de Dieric Bouts à Gérard David, en passant par Hans Memling, pour ne citer qu’eux.
Depuis la Grand-Place, il faut compter une demi-heure de marche pour rejoindre Tour & Taxis en passant par l’église Sainte-Catherine, le Marché aux Poissons, et longer le verdoyant quai aux Barques jusqu’au canal de Bruxelles.
On peut qualifier cet endroit de recoin du duché de Bourgogne, à presque deux heures de route aussi bien de Nevers que de Dijon, il se situe légèrement plus au sud que Cluny et Mâcon.
Pour raconter l’histoire de Clèves, il faut d’abord se rendre en Flandre, auprès du frère de Gérard Ier Flamens, le premier comte de Gueldre. En 1020, Gérard n’est pas le seul à devoir quitter le comté de Flandre ; son frère Rutger l’accompagne, contraint et forcé.
C’est ici que Charles Quint se retire après son abdication et passe les dernières années de sa vie. D’un côté, il y a le monastère ; de l’autre, les appartements de celui qui fut à la fois roi d’Espagne et empereur du Saint-Empire romain germanique.
De 1480 à 1496, Jean Carondelet est chancelier de tout l’empire bourguignon — autrement dit, le bras droit successif de Marie de Bourgogne, de Maximilien d’Autriche, puis de Philippe le Beau.
Dans l’ancien comté de Nevers, grosso modo le département actuel de la Nièvre, se trouve le paisible petit village de Druy-Parigny. C’est là, en lisière de l’un des nombreux bois qui côtoient les pâturages des pentes environnantes, que j’ai entamé à l’été 2015 mes recherches pour Les Téméraires. Au loin se trouvait le château de Druy.
Ce château complètement détruit par un incendie, en 1584, au cours des guerres de religion sera reconstruit, mais en verra de nouveau des vertes et des pas mûres pendant la Première Guerre mondiale. Ses ruines seront restaurées de fond en comble.
On associe souvent le chancelier Nicolas Rolin aux Hospices de Beaune, à son palais urbain à Autun, voire à son hôtel particulier à Dijon — aujourd’hui bâtiment des Archives départementales — mais l’homme possède en outre une multitude de maisons et même plus de cinquante châteaux fortifiés, ce qui en fait l’un des plus grands princes féodaux.
Vous venez sans aucun doute ici pour L’Agneau Mystique, mais prenez dont un moment pour découvrir le chœur. Depuis novembre 1445, y sont suspendus 37 écussons, probablement peints par Hue de Boulogne, qui rappellent le septième chapitre de l’Ordre de la Toison d’or.
À la mort de Marie de Bourgogne, Maximilien d’Autriche devient l’homme fort de nos régions, et c’est tout sauf une sinécure. Ses frictions, notamment avec les villes flamandes, mènent à une révolte d’ampleur, qu’il parvient finalement à étouffer dans l’œuf.
Lorsque Philippe le Bon veut imposer une taxe sur le sel en 1449, Gand refuse, ce qui mène à une révolte de quatre ans. Après plusieurs affrontements, ce conflit est définitivement réglé lors de la bataille de Gavre. L’un des chefs militaires du camp bourguignon n’est autre que Louis de Gruuthuse, seigneur du célèbre palais brugeois.
Voici l’histoire de la Tour Bleue, chef-d’œuvre architectural qui servit un temps de résidence principale à Charles le Téméraire, alors qu’il n’était encore que comte de Charolais et héritier bourguignon.
À partir de 1501, s’élève, à l’emplacement de la plus grande mosquée de Grenade — les Maures seront définitivement chassés en 1492 — une cathédrale monumentale. Sa construction est une entreprise de très longue haleine, au point que la mosquée sera encore utilisée comme église catholique pendant un certain temps.
Ou comment, chaque soir à 21 heures, la petite cloche de Hilvarenbeek rappelle une nuit de 1390, au cours de laquelle des villageois désembourbèrent Jeanne de Brabant
Voici l’histoire d’une ville de Campine à la frontière entre les Pays-Bas du Nord et du Sud, ainsi que celle d’Antoine de Lalaing et Élisabeth de Culembourg, deux étoiles au firmament bourguignon-habsbourgeois.
Si vous souhaitez contempler le mausolée de Maximilien d’Autriche, vous devez vous rendre à Innsbruck, où trône au centre de la Hofkirche la tombe surmontée de la statue de l’empereur agenouillé, œuvre du sculpteur Alexander Colyn, né à Malines.
Entre Clèves et Xanten se trouve la petite ville hanséatique de Kalkar. Les voyageurs dans le temps qui se donnent la peine de venir jusqu’au duché de Gueldre auraient tort de ne pas s’y arrêter. Devant l’hôtel de ville se dresse un tilleul vieux de plusieurs siècles.
Dans une chapelle latérale de cette église néogothique est conservé le tombeau de Jacques de Lichtervelde (†1432), conseiller aussi bien de Philippe le Hardi, Jean sans Peur que de Philippe le Bon qui le propulsera souverain-bailli de Flandre.
La Charité est connue pour son église Notre-Dame, puissant vestige d’un prieuré appartenant au vaste réseau de l’abbaye de Cluny — mais pas n’importe lequel : ce prieuré faisait partie des « cinq filles aînées de Cluny ».
Non loin de l’Hospice Comtesse, de l’autre côté de la rue de la Monnaie, une ruelle mène à l’arrière de Notre-Dame-de-la-Treille, la cathédrale lilloise inachevée, érigée au XIXe siècle pour remplacer l’ancienne église Saint-Pierres.
Après notre périple bourguignon sur les traces du cercueil de Philippe le Hardi, une visite au Palais des Beaux-Arts s’impose, ne serait-ce que parce que les salles consacrées au Moyen Âge ont été entièrement repensées en 2022 — et le résultat vaut le détour.
Voici l’histoire de Raphaël de Mercatellis, fils naturel de Philippe le Bon et abbé à l’abbaye Saint-Bavon de Gand, ainsi que celle du château Rozelaar, résidence secondaire des abbés de Saint-Bavon.
Depuis 1204, Maastricht est le siège d’une double seigneurie, ce qui revient à dire qu’elle est administrée à la fois par le duc de Brabant et par l’évêque-prince de Liège. Cet embrouillamini judiciaire et administratif durera jusqu’en 1794.
De l’ancien Hof van Hoogstraten, également appelé Hof van Lalaing, il ne subsiste plus que l’aile comprenant la tour et la chapelle, beaux vestiges d’un palais plus vaste qui s’élève ici à partir de 1517, sous l’impulsion d’Antoine Ier de Hoogstraten.
Ou comment Philippe le Hardi, fondateur de la dynastie bourguignonne, a traversé six siècles pour se retrouver dans la culture populaire des sixties.
Férus de récits de guerre, foncez découvrir la bataille de Bouvines (1214) commémorée dans un petit musée à Mons-en-Pévèle, une victoire du roi de France Philippe Auguste (voir Douai dans ce livre). Détail singulier : le comte de Flandre est capturé à Bouvines par le duc de Bourgogne de l’époque, qui combat alors aux côtés du roi de France.
Que Jean sans Peur perde la vie le 19 septembre 1419 sur le pont de Montereau — « à Monstreuil fut occis » — est désormais un fait assez connu. Mais savez-vous que le pont est toujours là ?
Cette ville se situe, à proprement parler, juste en dehors des possessions bourguignonnes, mais elle n’est qu’à trois quarts d’heure de route de Nevers, à peine plus de trente minutes de Decize. N’hésitez donc pas à la visiter lors d’une excursion à travers le comté de Nevers.
Voici l’histoire de Catherine de Bourbon, duchesse de la Gueldre et nièce de Philippe le Bon, et celle de son tombeau en l’église Saint-Étienne de Nimègue.
Le château d’Oricourt est un de ces lieux qui allient l’imaginaire chevaleresque que nous avons parfois du Moyen Âge à la présence d’un des grands protagonistes de notre récit bourguignon.
Les ruines de l’abbaye d’Orval abritent les vestiges du tombeau de Venceslas de Luxembourg et de Bohême, second époux de Jeanne de Brabant, dont le premier mari, Guillaume IV de Hollande, a perdu la vie à Stavoren lors d’un affrontement avec les Frisons.
Bien avant l’an 1000, un domaine de chasse royal s’étend déjà ici. Le roi Louis VII — qui épouse Aliénor d’Aquitaine en 1137, laquelle, dix-sept ans plus tard, se marie avec le roi d’Angleterre, une union qui constitue la toute première lointaine origine de la guerre de Cent Ans — y fait construire une petite résidence.
Je n’oublierai pas de sitôt le jour où j’ai parcouru, aux côtés de la conservatrice de la section sculpture, Sophie Jugie, les couloirs et galeries sans fin du musée fermé au public, longeant au pas de course les lignes balisées qui, d’ordinaire, acheminent lentement des foules entières vers la Joconde, mais poursuivant, pour ma part, une tout autre quête : celle des trésors bourguignons.
Le Musée national du Moyen Âge, récemment repensé et restauré, se trouve au cœur de Paris, à un jet de pierre de la Sorbonne et du Panthéon. Il est installé dans un hôtel particulier édifié dans la seconde moitié du XVe siècle, à la demande des abbés de Cluny, qui y logent lors de leurs séjours dans la capitale.
Fils cadet du roi de France Jean le Bon, Philippe le Hardi naît le 17 janvier 1342 au château de Pontoise. Construit dès 1100 sur le mont Bélien, colline qui forme le cœur historique de Pontoise, ce château est l’une des résidences favorites de Philippe Auguste et de Saint Louis.
Comme évoqué lors de notre voyage dans le temps consacré à la Gueldre, c’est ici qu’en 1388, les Brabançons franchissent la Meuse pour pénétrer en territoire gueldrois. La bataille de Niftrik — du nom du premier village de l’autre côté du fleuve — est connue en français sous le nom de « La Bataille de Ravenstein » : l’histoire n’est toujours qu’une question de point de vue.
Ou comment un quartier de Rotterdam doit son nom, et sa naissance, à Charles le Téméraire.
Jean de Clèves-Ravenstein est un fils illégitime d’Adolphe de Clèves-Ravenstein, le propriétaire du château de Wijnendaele, présent lorsque Marie de Bourgogne chute de son cheval. Jean reprend la seigneurie de Wijnendaele.
Idéalement située sur l’Escaut, face à l’embouchure du Rupel, Rupelmonde peut se targuer d’un passé ancien. Tous les navires qui remontent vers Lierre, Bruxelles, Malines ou Gand doivent s’y acquitter d’un péage au profit du comte de Flandre, qui y établit dès le XIIe siècle un château, où sont conservés les chartes et privilèges du comté.
À environ six kilomètres du château de Germolles et à une quinzaine de kilomètres de la cathédrale de Chalon-sur-Saône, se dressent les vestiges d’une résidence épiscopale de Jean Rolin, fils de Nicolas Rolin, le célèbre chancelier de Philippe le Bon.
« Bienvenue dans la ville bourguignonne de Termonde. » L’ancien bourgmestre, Piet Buyse, lui-même historien, sait de quoi il parle. Posez-lui une seule question, et il vous déballera toute l’histoire de sa ville. Lors de notre rencontre, il est installé dans son bureau à l’hôtel de ville, au-dessus de l’ancienne Halle aux draps.
À 70 km de Nevers, 100 km de Beaune et 130 km de Dijon, au fin fond du département de la Nièvre, à la limite de l’ancien comté de Nevers, autrement dit, au beau milieu de nulle part, se trouve le petit village méconnu de Ternant, qui ne compte même pas deux cents âmes. C’est pourtant ici que sont suspendus deux retables brabançons du XVe siècle, aussi uniques qu’oubliés.
À l’ombre de la cathédrale, dans le musée Saint-Loup, se trouve un petit trésor que nul voyageur dans le temps bourguignon ne peut manquer : un tableau de Jacob Jordaens, d’après une composition de nul autre que Rubens, représentant le mariage de Marie de Bourgogne et de Maximilien d’Autriche.
Dans le fameux trésor profane (Weltliche Schatzkammer) du musée, sont conservés plusieurs éléments originaux du Trésor de la Toison d’Or. En voici cinq pièces maîtresses :
Ou comment un habitant de Wervicq devenu diplomate à la cour de Bourgogne donna son nom à une chapelle ?
La vie d’Hervé de Mériadec, aujourd’hui totalement tombé dans l’oubli, se lit comme un roman. Pour approcher son existence d’un peu plus près, il suffit de pousser la porte de l’église Saint-Médard de Wervik.
Pour remonter jusqu’au plus vieil ancêtre connu de Johan Maelwael, nous franchissons la frontière allemande, en direction de Xanten, à environ cinquante kilomètres à cheval de Nimègue. Nous nous rendons Ad Sancti, auprès des saints, et plus précisément auprès de saint Victor, arrivé en Europe au IIIᵉ siècle sous la conduite de saint Maurice, en provenance de Thèbes, en Afrique du Nord.
L’église Saint-Walburge est l’une des plus célèbres des Pays-Bas. Cette collégiale romane remonte à l’origine au XIe siècle, mais les nombreux ajouts et agrandissements ultérieurs en font un des plus beaux exemples du gothique bas-rhénan.
Ambierle
Ou comment un courtisan bourguignon honore ses racines en offrant à Ambierle un chef-d’œuvre attribué à Rogier Van der Weyden