ABC - Le Tour de la Grande Bourgogne

Gavre

Lorsque Philippe le Bon veut imposer une taxe sur le sel en 1449, Gand refuse, ce qui mène à une révolte de quatre ans. Après plusieurs affrontements, ce conflit est définitivement réglé lors de la bataille de Gavre. L’un des chefs militaires du camp bourguignon n’est autre que Louis de Gruuthuse, seigneur du célèbre palais brugeois.

Mais où donc eut lieu cette bataille ? À Gavre, la question divise aujourd’hui encore. Il faut dire que l’on y trouve une plaque commémorative à Gavre, et une autre à Semmerzake. C’est monnaie courante, ça, de se quereller pour savoir à qui appartient un champ de bataille ? Il faut bien reconnaître que la commune de Semmerzake dispose des meilleures preuves écrites. En effet, à l’époque, c’est du clocher de l’église de Semmerzake que l’on bénéficiait du meilleur point de vue pour suivre les combats, dont le dénouement aura lieu quelques centaines de mètres plus loin.

À hauteur du croisement entre la Hofvijverstraat et la Grotenbroekstraat, un petit chemin s’enfonce dans les champs. Suivez-le jusqu’à une nouvelle bifurcation, au niveau d’un grand pré. C’est là, juste devant vous, comme un panneau l’indique, que la bataille connaît sa phase finale et sanglante. Au XIXe siècle, on y déterrera encore des squelettes de chevaux et d’hommes.

Les Gantois sont vidés. Quelle idée aussi de venir jusqu’ici à pied, par la chaleur extrême de ce 23 juillet 1453, alors que les forces armées bourguignonnes les attendent tranquillement sous leurs tentes ! Mais Gand n’a pas le choix, Gavre est son dernier point de défense. Comble de malheur, leurs alliés anglais passent du côté de Philippe. C’est marche ou crève.

Quand un artilleur gantois fait accidentellement exploser la réserve de poudre à canon, c’est la panique générale. Les Gantois prennent la fuite. Le duc en personne mène ses troupes, bien décidé à faire plier ces citadins — exactement comme son grand-père Philippe le Hardi l’avait envisagé à Westrozebeke en 1382, et comme son arrière-petit-fils, l’empereur Charles, le fera encore en 1540.

Des centaines de Gantois se noient tout près, dans l’Escaut. Dans la ville, on tend des filets pour retenir les cadavres. Pendant ce temps, un contingent de mille braves tient bon ici même, dans ce pré. Ils seront tous massacrés sans exception, mais empêcheront les Bourguignons de marcher directement sur Gand. Après l’affrontement, Philippe et les siens sont tellement lessivés qu’ils resteront sur place.

Sur le champ de bataille, tous découvrent un duc farouche, avec à ses côtés Charles le Téméraire, qui n’a pas encore vingt ans. Louis de Gruuthuse, qui ne s’est pas mal défendu non plus, est adoubé sur-le-champ. Désormais, Philippe peut se dire souverain incontesté de nos contrées. Quand on parvient à mettre une métropole comme Gand à genoux, on peut se prendre pour le boss.