ABC - Le Tour de la Grande Bourgogne

Rotterdam, Charlois

Ou comment un quartier de Rotterdam doit son nom, et sa naissance, à Charles le Téméraire.

Le nom « Charlois », aujourd’hui quartier animé de Rotterdam, situé sur la rive sud de la Meuse, sonne étonnamment français dans une ville hollandaise. Et ce n’est pas un hasard. Son nom nous ramène tout droit à l’époque bourguignonne, au temps où Charles le Téméraire était duc de Bourgogne.

Les traces des premières habitations dans cette zone remontent à avant 1200, mais la véritable histoire commence en 1458, lorsque Philippe le Bon, duc de Bourgogne, offre le polder de Reijerwaard (territoire où se situe Charlois) à son fils et successeur Charles le Téméraire. À cette époque, les terres sont régulièrement ravagées par des inondations. Pour remédier à la situation, Charles confie en 1462 l’administration de ces nouvelles terres à quelques puissants seigneurs locaux : Matteys de Huyzer, IJsbrand Uyt ten Hage, Arend van der Woude et Anthony Michelsz. van Eversdijck. Ceux-ci reçoivent l’autorisation de les « endiguer pour en faire des terres à céréales, à l’abri des eaux salées et des marées ».

Karel de Stoute
- Rijksdienst voor het Cultureel Erfgoed, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons -

Il pose deux conditions à cet octroi. D’une part, les terres endiguées devront désormais s’appeler le « pays de Charolais », en référence au comté de Charolais, situé dans le duché de Bourgogne, et dont Philippe le Hardi avait été comte. Le nom de Charolais se déforme, au fil des siècles, pour devenir Charlois. D’autre part, une église devra être fondée, dédiée au saint martyr Clément. Cette première église n’existe plus aujourd’hui. À son emplacement se dresse désormais la troisième église du site : l’Oude Kerk Charlois.

C’est ainsi que ce quartier rotterdamois, une zone qui compte environ 70 000 habitants, doit son nom au comté de Charolais, en Bourgogne. Un privilège qu’il partage avec la célèbre race bovine franco-bourguignonne, la Charolaise, garante, selon la tradition, d’une chair tendre et savoureuse.

Ce passé médiéval, ce soupçon de grandeur bourguignonne du temps jadis, explique pourquoi un petit parc de la ville se trouve place Charles le Téméraire, ou pourquoi, juste à côté, de jeunes Rotterdamois font montre de leurs talents dans le skatepark Charles le Téméraire. Espérons que l’école transmettra cette histoire lointaine aux enfants de Rotterdam-Sud. Car sans les Bourguignons, pas de Charlois rotterdamois.

Merci à Fred Luiten et Marie De Keulenaer.