ABC - Le Tour de la Grande Bourgogne

Gand, Dulle Griet

Aaah, le Dulle Griet ! Qui, dans sa jeunesse, n’a pas posé pour la photo à califourchon sur ce formidable canon ? Les canons médiévaux, aussi appelés bombardes, deviennent de plus en plus imposants au fil des années et requièrent une logistique nouvelle.

Sur la bien nommée place du Grand Canon (Grootkanonplein), on prend aussitôt conscience de la main-d’œuvre et du nombre de bêtes de somme qu’une telle monstrueuse bouche à feu exigeait. Ce mastodonte de plus de douze tonnes fut très probablement fabriqué à Gand vers 1436, sur ordre de Philippe le Bon — son blason y est gravé — et pouvait tirer des boulets de 300 kilos. « Quand cette pièce d’artillerie d’une taille incroyable […] était tirée, on l’entendait à cinq lieues le jour et à dix la nuit », rapportait un chroniqueur, « et le grondement au moment du tir était si fort qu’on eût dit que tous les Diables de l’Enfer étaient en route. »

Un colosse comme le Dulle Griet est impossible à faire pivoter rapidement à gauche ou à droite, mais quand il s’agit de démolir des murailles d’enceinte, il est d’une valeur inestimable. Il tombe rapidement aux mains des Gantois, qui l’utilisent dans leur lutte contre Philippe, et peut-être même lors du siège d’Audenarde en 1452, où le duc en reprend possession. La monumentale bombarde finira par se taire, et restera sur place pendant 125 ans. En effet, une artillerie plus légère commence à faire fureur, et il l’on soupçonne la bombarde d’avoir été irrémédiablement endommagée. Ce n’est qu’en 1578 que le canon retrouve sa place actuelle près de la Lys, lorsque les autorités de Gand le font rapatrier dans la ville de Van Artevelde.

Maintenant que vous êtes là, regardez : de l’autre côté de la Lys, vous avez une vue directe sur la Maison d’Alijn, et son « Kindren Halyns Hospital anno 1363 », comme l’indique l’inscription au-dessus du portail, agrandi et restauré de fond en comble. Construit notamment à l’initiative du comte Louis de Male, il s’agit du seul hospice médiéval encore conservé à Gand. Tout comme les Hospices de Beaune ou l’Hospice Comtesse à Lille, il est un lieu d’accueil pour malades et nécessiteux. La chapelle Sainte-Catherine, de style gothique tardif, date de l’époque de Charles Quint.