Dans l’ancien comté de Nevers, grosso modo le département actuel de la Nièvre, se trouve le paisible petit village de Druy-Parigny. C’est là, en lisière de l’un des nombreux bois qui côtoient les pâturages des pentes environnantes, que j’ai entamé à l’été 2015 mes recherches pour Les Téméraires. Au loin se trouvait le château de Druy.
Je m’y baladais souvent, il frappait mon imagination. Ce n’est que huit ans plus tard, lors des journées du patrimoine, que je pus enfin le voir de près, et en gravir l’escalier médiéval menant à son portail du XIVe siècle.
Incendies et assauts ont, au fil des siècles, donné au château une tout autre allure, mais le portail, flanqué de deux tours, date encore de l’époque où le château fait pour la première fois son entrée dans les livres d’histoire, celle de la guerre de Cent Ans. Après la victoire de Poitiers, les Anglais envahissent une bonne partie du territoire français, jusqu’à Druy, où ils mettent feu au château fort en 1359. Trois ans plus tard, l’ensemble passe aux mains de Jean Bureau de la Rivière, qui fait restaurer et renforcer le bâtiment existant, ce qui semble indiquer — mais beaucoup d’archives ont été perdues — que la partie la plus ancienne aurait été conservée jusqu’à aujourd’hui grâce à lui. Bureau n’est pas le premier venu, c’est l’un des plus importants conseillers du roi Charles V, le frère aîné de Philippe le Hardi. Il est très proche du roi de France, qui mourra dans ses bras. Philippe le Hardi et ses partisans feront ensuite tout pour écarter Bureau de la Rivière et les siens. Ils y parviendront, si bien que le château deviendra propriété bourguignonne, des années durant. Même si Bureau parvient à en reprendre possession, cela ne dure guère ; la schizophrénie de Charles VI y met rapidement un terme. C’est, en effet, Bureau qui a le malheur de recommander au jeune roi le fameux voyage en Bretagne au cours duquel la maladie le frappe, envoyant du même coup Bureau derrière les barreaux. À sa mort, il sera néanmoins enterré dans la basilique de Saint-Denis, aux pieds de son roi bien-aimé, Charles V. Ce tombeau disparaît au cours la Révolution, mais l’effigie de Bureau se trouve encore dans une niche sur la façade de la cathédrale d’Amiens.
Le château de Druy, situé dans le comté de Nevers, reste, durant les houleuses années de l’irrésistible montée du pouvoir bourguignon, presque toujours un bastion français. Cette situation change lorsque Perrinet Gressart (voir aussi La Charité) reçoit des mains de Philippe le Bon, ce domaine, véritable cadeau empoisonné, car il appartient encore à des partisans du roi. Gressart parvient néanmoins à s’en emparer… pour le perdre à nouveau. La colère de Philippe le Bon est telle qu’il ordonne de mettre le feu au château, une fois de plus. Par la suite, on sauve ce qui peut l’être, et on se remet à le restaurer, comme on le fera pour tant d’autres forteresses au fil du temps. Pourtant, comme déjà mentionné, plusieurs éléments de cette époque survivent. À l’intérieur de l’enceinte, se trouvent encore l’ancienne chapelle, une tour et des remparts datant également du XIVe siècle. Dans les siècles qui suivront, c’est surtout la Seconde Guerre mondiale qui causera les plus importantes destructions, notamment en réduisant la vieille maison d’habitation en cendres.
J’en ressortis quelque peu déboussolé : le château que je vis lorsque je pris en main les premiers documents bourguignons était en lien étroit avec la lutte de pouvoir entre Philippe le Hardi et son petit-fils Philippe le Bon. Il s’avérait être un symbole marquant du comté de Nevers, devenu une zone tampon entre le royaume de France et le duché de Bourgogne. Les promenades avec mon chien jusqu’aux remparts prirent, dès lors, un tour plus prestigieux que jamais. Mes promenades avec le chien jusqu’aux remparts devinrent encore plus dignes d’un duc qu’elles ne l’étaient déjà.