Vous venez sans aucun doute ici pour L’Agneau Mystique, mais prenez dont un moment pour découvrir le chœur. Depuis novembre 1445, y sont suspendus 37 écussons, probablement peints par Hue de Boulogne, qui rappellent le septième chapitre de l’Ordre de la Toison d’or.
(1468) et la cathédrale Saint-Sauveur de Bruges (chapitre de 1478), dans la cathédrale Saint-Rombaut de Malines (1491), ainsi que dans la Grote Kerk de La Haye (1456, bien que ses armoiries soient des répliques réalisées vers 1539). On trouve aussi des panonceaux isolés, entre autres au musée Noordbrabants à Bois-le-Duc et au Rijksmuseum d’Amsterdam.
Trois chapes liturgiques extrêmement coûteuses sont confectionnées spécialement pour ce chapitre gantois. Elles correspondent très probablement aux vêtements conservés aujourd’hui dans le trésor du Kunsthistorisches Museum de Vienne. Les figures du Christ, de Marie et de saint Jean qui ornent ces chapes semblent fortement inspirées des versions que Jan van Eyck réalise pour L’Agneau Mystique. C’est fou quand on y pense : en ces 4, 5 et 6 novembre 1445, un fil artistique invisible relie le chef-d’œuvre de la chapelle Vijd aux magnifiques vêtements portés par les dignitaires religieux de la Toison d’or. Ces habits, accompagnés des manteaux cérémoniels de l’Ordre, ont dû faire grande impression à Gand : il faut bien près d’une demi-heure pour que tout le cortège, parti du Prinsenhof, arrive enfin à l’ancienne église Saint-Jean.
J’aimerais également attirer votre attention sur la présence de Baudouin de Lannoy : il fait déjà partie du tout premier chapitre en 1430, et participera à pas moins de onze autres. Les lecteurs le connaissent entre autres comme gouverneur du château dit de Courtrai à Lille, comme un fidèle des soirées grivoises de Philippe le Bon au palais du Coudenberg, mais peut-être surtout comme cet homme au regard de fossoyeur, tel que Van Eyck l’a représenté dans l’un des portraits conservés. Une étude nous apprend que la planche de chêne utilisée par Van Eyck pour ledit portrait provient du même chêne balte utilisé pour deux de ses autres œuvres : Portrait d’un homme, probablement Giovanni Arnolfini, et Saint François recevant les stigmates. Cela me fait penser que les trente-sept écussons gantois doivent être du même bois. Empilés les uns sur les autres, ils donnent une petite idée de ce à quoi ressemblait le vieux chêne d’Europe du Nord qui fut abattu il y a un petit six cents ans à la grande gloire de l’Ordre de la Toison d’or.
Dans une nef latérale sont exposés les écussons du chapitre de 1559, le premier sous la direction de Philippe II, mais le dernier de l’Ordre dans sa forme originale. Plus tard naîtra une branche espagnole de la Toison d’or, que Napoléon Bonaparte tentera de réunifier en 1809 en y ajoutant une branche française. Sous la pression des détenteurs de la Légion d’honneur, qu’il vient de créer, le projet est abandonné, et définitivement enterré en 1813. Il nous reste toutefois les projets de nouveau collier de la Toison d’or : l’empereur français y avait fait placer, au-dessus du bélier de Philippe le Bon, un aigle impérial napoléonien.