Et ils y sont nombreux ! J’en ai donc établi le top douze, afin que vous puissiez explorer le Louvre de manière originale.
Pourquoi ne pas commencer par les murs partiellement mis au jour de l’ancien Louvre, qui remontent, selon les sections, à Philippe Auguste (XIIe siècle) ou à Charles V (à partir de 1360), le frère de Philippe le Hardi. Poser la main sur ces pierres, c’est entamer un voyage dans le temps. À proximité de ces vestiges, on peut aussi admirer ce qu’il reste du casque de parade du roi schizophrène Charles VI ainsi qu’une réplique aussi éclatante que jadis.
Peinture
- La logique veut que nous allions ensuite à la rencontre du père de Charles V et Philippe le Hardi ; enfin, de son portrait. Celui réalisé de Jean le Bon est le plus ancien conservé depuis l’Antiquité. Il est présenté en prélude des salles de peinture médiévale (aile Richelieu, salle 835).
- Ce parcours nous mène alors naturellement vers les étoiles de Champmol, à commencer par Johan Maelwael (orthographié ici Malouel), originaire de Nimègue, et aussi Henri Bellechose de Breda : on y trouve la Grande Pietà ronde, L’Homme de douleurs, ou encore le Retable de saint Denis (voir à ce sujet la fin du chapitre consacré à la Gueldre).
- Viennent ensuite les Primitifs flamands, avec Jan Van Eyck et son incontournable et récemment restaurée Vierge du chancelier Rolin — à ce moment, souvenez-vous du parking d’Autun mentionné dans ce livre — et tout près, une superbe Annonciation de Rogier van der Weyden, successeur officieux de Van Eyck à la cour de Philippe le Bon.
- À peine deux mètres plus loin, le portrait de Charles VII, l’ennemi de Philippe, le roi qui avait commandité l’assassinat de son père Jean sans Peur sur le pont de Montereau — une œuvre magistrale de Jean Fouquet. Pour admirer la célèbre maîtresse de ce roi, Agnès Sorel, rendez-vous à Anvers (KMSKA), où la Vierge entourée de séraphins et chérubins peinte par Fouquet a retrouvé une place d’honneur depuis la réouverture du musée.
Sculpture
(Richelieu, salle 210)
- À Dijon, ils ont certes les tombeaux qui vous sont désormais familiers ; à Anvers, celui d’Isabelle de Bourbon ; à Bruges, dans l’église Notre-Dame, ceux de son époux Charles le Téméraire et de leur fille Marie de Bourgogne ; au monastère de Brou, les chefs-d’œuvre funéraires de Marguerite d’Autriche. Mais le Louvre possède, lui aussi, une pièce majeure : le tombeau de Philippe Pot, ce personnage à deux visages qui apparaît dans ce livre tantôt comme un héros bourguignon tantôt comme un traître. Ce qui frappe ici, ce sont les pleurants presque grandeur nature qui portent son gisant, quel contraste avec les petits chefs-d’œuvre ô combien délicats sculptés par Sluter ou Van de Werve pour Champmol.
- Claus de Werve, Vierge à l’Enfant. Comparez-la aux autres sculptures exposées, et admettez que le neveu de Sluter est un petit prodige.
- Même constat pour Le Moiturier. À Semur-en-Auxois, on peut admirer l’une des plus belles mises au tombeau du monde, dont l’ange du Louvre (vers 1490) faisait autrefois partie. Ce seul détail vaut le voyage.
- Enfin, dans la salle 210, on peut encore voir le poignant gisant d’Anne de Bourgogne, fille de Jean sans Peur, qui épouse Jean de Bedford, devenu fin 1422 le véritable maître anglais à Paris, en tant que régent du roi Henri VI tout juste né. La statue de marbre est commandée par son frère Philippe le Bon, avec qui Anne entretient un lien très fort, et se trouve pendant des siècles dans l’abbaye aujourd’hui disparue des Célestins à Paris, la plus importante nécropole royale de France après la basilique de Saint-Denis. Le bâtiment s’élève à l’endroit où se situe aujourd’hui l’état-major de la Garde républicaine, non loin de la place de la Bastille.
Tapisseries et objets
- Une salle entière du Louvre est dédiée aux spectaculaires tapisseries de Bernard van Orley. Ici, on les appelle Les Chasses de Maximilien (aile Richelieu, salle 507), même si, en toute logique, elles devraient plutôt s’appeler Les Chasses de Charles Quint — le débat n’est pas encore clos. On y découvre toutes les formes de chasse (au cerf, au faucon, au sanglier) au fil des mois de l’année. Cherchez surtout le Mois de mars, offrant un charmant panorama : depuis la forêt, on aperçoit le palais du Coudenberg, l’hôtel de ville de Bruxelles ainsi que les tours de Sainte-Gudule, tous entourés de remparts bien visibles. À gauche, on distingue même l’une des tours du palais de Nassau. Le cheval monté par Charles Quint (?), les oiseaux perchés dans l’arbre au premier plan à droite, ou la jolie maison en bois dans les jardins du Coudenberg : tout est représenté avec une minutie incroyable. Ce tapis nous offre une vue unique sur le Bruxelles des années 1520-1530, grâce au peintre et concepteur Bernard van Orley et au duo de tisserands Jan et Willem Dermoyen. Plus loin dans la même salle, sur le Mois de février, le palais du Coudenberg est vu sous un autre angle, depuis l’actuelle place Royale, avec au centre l’Aula Magna de Philippe le Bon. La boucle du Coudenberg est ainsi bouclée, grâce à Van Orley.
- Dans la salle 505, on découvre une pièce de la série des Tapisseries de saint Anatole (début XVIe siècle, réalisées à Bruges), en provenance de Salins, la ville de Franche-Comté célèbre pour ses… salins. Elle illustre comment la vitale eau salée s’est remise à couler grâce à l’intervention du saint.
- La salle 512 abrite une médaille à l’effigie de Charles le Téméraire et une autre de son arrière-petit-fils Charles Quint. Plus spectaculaire encore est le plat dit de Charles Quint (argent doré, salle 527) représentant la prise de Tunis en 1535 par ses troupes. Réalisé à Anvers par Peeter de Weent vers 1558.
- Enfin, l’un de mes objets préférés du Louvre (salle 504) : une bague en or ayant appartenu à Jean sans Peur, ou du moins ornée de son portrait facilement reconnaissable, finement taillé dans l’agate et l’émeraude, serti d’un rubis, le tout réalisé vers 1410.