ABC - Le Tour de la Grande Bourgogne

Autun, quartier des Marchaux et Clugny

Vous devez vous imaginer Autun à la fin du Moyen Âge. C’est une ville à deux visages : d’un côté, vous avez le cœur religieux autour de la cathédrale, et de l’autre, à un bon quart d’heure de marche, le centre dédié au commerce : le quartier Marchaux.

Les deux sont entourés de remparts, et séparés par des champs. Depuis le boulevard Laureau on peut encore voir aujourd’hui quelques pans de la fortification de Marchaux. La ville chérit l’idée de restaurer cette rue et ses vieux murs d’enceinte afin de leur rendre leur gloire d’antan.
La branche capétienne des ducs, prédécesseurs des ducs de Bourgogne que nous connaissons, sont à l’origine de la création du quartier commercial au XIe siècle et les remparts datent, en grande partie, de cette époque, même si nos Philippe les ont améliorés et rénovés. La tour de la Bondue, dans la rue éponyme, est probablement un héritage de cette période. Au no 9 de la rue Saint-Nicolas, vous pourrez admirer une maison du XVe et ses belles fenêtres gothiques. Et, tant que vous y êtes, jetez un œil au Musée lapidaire dans et autour d’une chapelle du XIe, où sont exposées une collection d’éléments architecturaux gallo-romains et des stèles funéraires, témoins indissociables du lien entre l’Antiquité et le Moyen Âge.

Point d’orgue de cette mini balade : la Tour de l’Horloge. Prenez d’abord à droite le long de la Grande rue Marchaux, et ensuite la Petite rue Marchaux. Édifiée au XVe siècle, elle fait partie d’un hôtel particulier appartenant à la famille Clugny, qui fait la pluie et le beau temps avec les Rolin, qui eux aussi déploieront leurs ailes et feront carrière dans l’entourage des ducs de Bourgogne.
Au palais de Busleyden (Hof van Busleyden) à Malines, un monumental tableau immortalise l’inauguration solennelle du Parlement de Malines en 1474. Par la création de cette haute instance juridique, Charles le Téméraire porte un coup sérieux à la France, et ouvre ainsi la voie de l’indépendance à la grande Bourgogne. Sur cette peinture figurent trois Clugny sur 35 membres du parlement, ce qui n’est pas rien. Jean Rolin y apparaît également, mais Ferry de Clugny, que l’on aperçoit en deuxième place à la droite de Charles le Téméraire, à côté du chancelier de l’époque Hugonet, lui ravit la vedette. Bref, Clugny était le n3 du duché. Cette peinture sonne le glas de la toute-puissance des Rolin, sous le règne de Charles le Téméraire. Ferry est aussi présent à Péronne en 1468, lors des négociations avec Louis XI au cours desquelles le duc laisse exploser l’une de ses plus légendaires colères.

Clugny meurt à Rome en 1483, peu après avoir été sacré cardinal par le Saint-Père. À Autun, on se souvient de lui grâce à la Tour de l’Horloge… et surtout grâce à la chapelle Dorée de la cathédrale. Si cette chapelle richement décorée vous a échappé, voilà une excuse en or pour revenir à la cathédrale Saint-Lazare !