ABC - Le Tour de la Grande Bourgogne

Troyes, musée Saint-Loup

À l’ombre de la cathédrale, dans le musée Saint-Loup, se trouve un petit trésor que nul voyageur dans le temps bourguignon ne peut manquer : un tableau de Jacob Jordaens, d’après une composition de nul autre que Rubens, représentant le mariage de Marie de Bourgogne et de Maximilien d’Autriche.

Même (beau-)papa Charles le Téméraire y figure en personne. Outre la générosité picturale de Jordaens, à laquelle une restauration récente a rendu tout son éclat, c’est l’histoire de ce tableau qui le rend particulièrement remarquable. À l’origine, le 17 avril 1635, il trône au sommet d’un arc de triomphe conçu par Rubens, dressé à l’angle de la Huidevetterstraat et du Meir à Anvers, pour célébrer l’entrée solennelle du gouverneur Ferdinand d’Autriche. D’un côté de l’arc, les Anversois découvrent le mariage qui scelle le passage du pouvoir des ducs de Bourgogne aux Habsbourg ; de l’autre, celui de Philippe le Beau avec Jeanne de Castille, qui fait entrer l’Espagne dans le giron habsbourgeois. Le second tableau disparaît, mais le premier, par un heureux hasard, se retrouve ici, dans ce musée de Troyes. Ses dimensions imposent le respect : 3,25 mètres sur 3,59, de quoi imaginer l’ampleur de l’arc de triomphe de Rubens, qui mesurait 21 mètres de haut, 11 de large, pour une ouverture d’environ 6 mètres. L’ironie du sort veut que les visiteurs de Troyes jouissent aujourd’hui d’une bien meilleure vue sur le tableau que les Anversois du Meir en 1635.